Quelques mots à l’attention des futur·es modèles...

Avant tout : un cadre clair

Lors de mes échanges avec les modèles avant les séances, certaines questions reviennent souvent :
Quelle posture et quel état d'esprit adopter ? Comment se comporter pendant une séance ? Faut-il savoir poser, jouer un rôle, ou rester soi-même ?

Ces discussions m’ont conduit à réfléchir à ma propre pratique. Ce texte est né de là. Il n’a pas valeur de règle, ni de mode d’emploi. Il reflète simplement ma perspective et mon expérience, ainsi que ma manière de concevoir la collaboration entre un·e modèle et le photographe que je suis.
Il se veut avant tout un outil de communication et de compréhension réciproque.

Liberté et limites

Votre liberté et vos limites seront toujours respectées.

Vous ne dévoilerez que ce que vous choisissez — physiquement, émotionnellement ou symboliquement. La communication est essentielle pendant la séance, et rien ne se fera sans votre consentement.

Le contrôle final sur les images vous appartient : aucune photographie ne sera publiée, partagée ou utilisée sans accord écrit et contractuel. La confidentialité est une règle absolue dans ma pratique.

Ce cadre n’est pas accessoire : il est la condition d’un travail juste et respectueux.

Une expérience globale

Être modèle lors d’un shooting photo est bien plus qu’une présence physique.
Elle fait appel au corps, aux émotions, à l’imagination, à la réflexion — et parfois à quelque chose de plus intime encore.

Dans ce que je propose — une photographie narrative souvent construite comme une scène — il est important que l’expérience se déroule dans un climat agréable et respectueux, propice à la concentration.
La séance devient ainsi une rencontre bienveillante avec soi-même, un espace pour explorer, ressentir et expérimenter, sans jugement.

Une expérience intérieure… mais maîtrisée.

Poser peut être une expérience introspective et enrichissante.
Elle peut renforcer la confiance en son corps, en sa présence et en sa capacité à entrer en contact avec ses émotions, tout en gardant une distance et un contrôle sains.

Vous utilisez votre personne pour transmettre quelque chose : une émotion, une ambiance, une histoire que nous élaborons ensemble.
Le jeu consiste à aller chercher ce “quelque chose” en vous et à le faire passer par votre posture, votre corps, et votre singularité. Il ne s’agit pas de se mettre en danger ni de tout donner.

C’est être dans l’action, jouer sérieusement et naturellement — comme lorsque, enfants, nous jouions tout en sachant que nous jouions.

Jouer avec les émotions et garder la juste distance

Les émotions sont l’âme de la photo.
Il s’agit de les accueillir, parfois de les susciter, et de les laisser circuler… tout en restant capable de s’en détacher.

Un peu comme un enfant qui vit intensément l’aventure des cow-boys, princesses ou super-héros, puis s’arrête instantanément lorsqu’on l’appelle pour le goûter.

Très concrètement, il est possible de mimer une émotion, de la laisser émerger progressivement par le corps, sans s’y perdre. Le corps ouvre la voie, l’émotion suit, de manière douce et maîtrisable.

Conseil pratique : ne vous regardez pas poser. Lâchez prise. Jouez. Vivez la scène. Partez à votre rencontre.

Photographie et théâtre

Être modèle photo, c’est un peu comme être acteur·rice.
Il s’agit d’incarner une intention, de traduire une posture, d’interpréter un personnage, de transmettre un message et de s’approprier une histoire.

Cela implique de laisser une part de soi dans l’image finale, mais pas tout. L’intention est définie ensemble et incarnée à votre manière, avec votre sensibilité.

La photogénie : la présence avant tout

Je l’affirme : tout le monde est photogénique !
La photogénie ne dépend pas de la beauté (notion éminemment subjective !) mais de la présence.

Le secret ? Jouer le jeu, s’autoriser à lâcher prise, s’amuser et rester soi-même.
Plus vous êtes vous-même, plus vous serez photogénique.

Une remarque importante

L’image que vous projetez lors d’une séance n’est jamais la totalité de votre personnalité.
Vous êtes sur la photo, mais la photo n’est pas vous.

Il est plus juste de penser votre image dans le contexte d’une scène ou d’une œuvre, plutôt que comme un portrait isolé. Cela protège et libère : vous incarnez une intention, vous ne livrez pas une image totale de vous-même.

Une création partagée

Pendant la séance, vous êtes libre de proposer vos idées, vos poses, vos imaginaires et vos envies. Tout ce que vous souhaitez partager est bienvenu.

Ma photographie est un travail à deux, fondé sur l’échange et la collaboration.

À propos des retouches

Je ne modifierai jamais la forme de votre visage, vos traits ou votre silhouette. Ils vous appartiennent et font votre singularité.

La retouche cosmétique (imperfections, couleurs, lumière) n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle doit servir l’histoire, l’esthétique et l’ambiance, sans trahir la personne.
La retouche n’est jamais là pour “embellir”, mais uniquement pour soutenir l’intention de l’image.

Pour conclure : accepter et profiter

« Et si, une fois de temps en temps, c’était une bonne chose de s’accepter soi-même ?
Et si, pour prendre soin des autres, il fallait aussi prendre soin de soi ?
Et si s’apprécier n’était qu’une étape vers une acceptation plus apaisée de soi-même ?
Et si l’on cessait de se soucier de ce que l’on pense de nous ?
Et si l’on faisait simplement ce qui nous fait du bien, sans nuire à personne ?
À quoi ressemblerait le monde ? »

— Florence Rivières, L’art de la pose. Osez le narcissisme

Si vous posez, c’est votre choix. Alors autant le faire pleinement, en conscience.
Et peut-être, au fond, que la démarche compte autant que l’image finale.

Être modèle : posture, liberté et jeu